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dimanche 22 novembre 2015

Mais que deviennent les Rrrruminants ?







   Que deviennent nos Ruminants, nos rrruminants chéris, Lediazec, BabelOuest, Clomani, et d'autres dont j'oublie le nom ?

 Que racontent nos chers tenants de la théorie du complot, ceux qui vous répètent qu'en fait tous nos malheurs viennent de ceux qu'on ne peut pas nommer mais qu'un certain Protocole désigne sans ambiguïté,  et puis de la cinquième colonne (méfie-toi, camarade, et puis et puis...)

Les derniers évènements leur ont-ils mis un peu de plomb dans la tête, ou leur ont-ils permis de réviser leurs aimables certitudes ?

Voyons voyons...

Sur leur nouveau blog  (enfin, pas si nouveau que ça), Cailloux dans l'brouillard 

babelouest20 novembre 2015 09:26

 De jour en jour on s'aperçoit davantage et une fois de plus qu'il s'agit d'une attaque sous fausse bannière par des "commandos", et au moment de ramasser des pruneaux ne restent que quelques "connus des services" envoyés au casse-pipe.
Du coup "lémédia" montent en épingle la mort d'un chien "au champ d'honneur", pour faire verser la petite larme à M'ame Michu, et le tour est joué.

Rem*20 novembre 2015 13:58

... :La PALESTINE, toujours, depuis 1948!!!!!! :ne jamais oublier ce facteur CENTRAL ! :

Article « Le retour du boomerang » de Jean-François Bayart, Professeur à l’IHEID (Genève)
http://www.liberation.fr/debats/2015/11/15/le-retour-du-boomerang_1413552
EXTRAIT :
« (…) Les origines de ce 13 novembre sont aussi à chercher du côté de la politique étrangère de l’Europe et de la France ces quarante dernières années.(...) La démission de l’Europe sur la question palestinienne, dès lors que sa diplomatie commençait là où s’arrêtaient les intérêts israéliens, a installé le sentiment d’un «deux poids deux mesures», propice à l’instrumentalisation et à la radicalisation de la rancœur antioccidentale, voire antichrétienne et antisémite. (...) »

Clo 21 novembre 2015 13:12

Je ne suis pas en guerre, MM Hollande, Valls and co ! Guerre contre qui ? Pour quoi ? Moi pas comprendre ! Moi pas vouloir !
Leurs guerres... nos morts ! Leurs guerres... no more, comme écrivait Julien Salingue dans son blog dès mardi.
Si j'ai un conseil à vous donner, écoutez l'émission "là-bas si j'y suis" -sur Internet uniquement puisque Mermet s'est fait jeter de F.Inter... trop gauchisssssse)- avec Alain Gresh qui remet les pendules à l'heure sur le Moyen Orient, Al Qaeda, Daesh et autres tristes sires enc. de m...

 Lediazec 6h 45 le 19 novembre:

En veux-tu de la goulée, regarde la télé pendant les opérations policières, écoute les infos des chaînes d’Etat, observe le comportement avilissant du député de ta circonscription, tu seras gavé comme jamais ta mère ne t’a gorgé de lait maternel !
Et qui écrase-t-on chez nos députés français et chez nos ministres exemplaires aujourd’hui ? Pas le terrorisme, ce monstre qu’on a enfanté et laissé grandir pour mater une certaine idée de la liberté, mais le peuple tout entier.

Clomani (en colère contre cet état qui aide les gros cons à détester leurs voisins) 14 novembre 2015 08:45

La France a fermé ses frontières, Paris ses écoles et lieux publics etc... au lieu de pleurer les morts, de s'occuper des survivants et de continuer à vivre, le gouvernement, aidé des journalistes, ne parle que de sécurité, sécuritaire, police, flicage, Fesse Bouc propose aux gens parisiens de se déclarer "en sécurité en se géolocalisant bien sûr, histoire de leur envoyer de la pub + tard quand ils seront à nouveau prêts à consommer... L'état policier a été déclaré. Les journalistes se pourlèchent les babines : ils vont vendre ! (croyez-en mon expérience, chaque attentat proche est une décharge d'adrénaline et on en met un coup, du haut en bas des rédactions... les autobombardés spécialistes s'invitent eux-mêmes aux JiTés )...


mardi 6 octobre 2015

Une histoire très curieuse




Voulez-vous parrainer une fille pour qu'elle aille à l'école ? Payer ses cahiers, sa cantine, ses vaccinations ?

Si vous répondez oui, cliquez sur  le site d'une association humanitaire qui le propose, et lancez-vous.

Si vous répondez non ou bof, peut-être accepterez-vous de faire un don, un tout petit don même, un peu d'argent que vous ne verserez pas au fisc français ?

Si vous répondez oui, cliquez sur  le site d'une association humanitaire qui le propose, et payez.

Jusque là, rien d'extraordinaire. Qui est contre, qui trouve ça débile, niais, malfaisant ? Pas moi.

Supposons maintenant qu'une de ces associations, une ONG nommée PLAN international  finance un petit plan de com pour attirer les dons.

Tout commence avec un blog: Mon école pour Lina.   Une mère de famille française déscolarise sa fille Lina, huit ans, pour lui apprendre à faire le ménage à la maison afin de devenir une future mère au foyer accomplie. Les articles avec des petites vidéos se succèdent: comment Lina apprend à faire les poussières, comment Lina apprend à laver les sols, à coudre les boutons, à plier le linge... Les commentaires fusent, les appels au service de l'enfance maltraitée affluent, et quelques blogueurs ou facebookers écrivent à leur tour des billets incendiaires pour dénoncer l'ignominie de la chose.
Or, il se trouve que tout cela n'est qu'une mise en scène. Les blogueurs qui relaient le blog de la fausse mère indigne ont été payés pour s'indigner par le PLAN (500€ tout de même pour un article de blog, et je ne sais pas combien pour un simple tweet !) et avaient des instructions, des trucs à dire et à ne pas dire, bien évidemment.  Le dernier billet sponsorisé doit (ou devait)  paraître entre le 6 et le 8 octobre.

Il y a un excellent article sur SLATE à ce sujet.

Quel message fort que celui qui apitoie sur le sort d'un petit enfant malheureux ! Pour tirer l'argent de la bourse, il n'y a pas mieux. On a le cœur qui fond quand c'est pour la bonne cause..  Quand Matthieu Kassovitz tourne un petit clip pour Handicap International en mettant en scène deux enfants blonds qui explosent sur une mine dans la forêt de Fontainebleau, ça marche très bien: ces enfants pourraient être les nôtres, mais on sait qu'ils ne le sont pas,  on nous demande juste de nous mettre à la place de parents lointains d'enfants amputés, d'imaginer, et d'avoir la charité ou la solidarité universalistes. Rien à y redire.

Ce qu'a fait le PLAN en  rétribuant  des blogueurs pour simuler l'indignation, sans avertir leurs lecteurs du procédé, bien évidemment est une action  curieuse.  Cette ONG  marque des buts contre son propre camp, et inspire des réflexions sarcastiques sur le business de l'humanitaire et sur la vénalité des blogueurs à articles sponsorisés.




dimanche 21 juillet 2013

Le hasard qui fait sauter les boulons



Hier, ma brouette fonctionnait parfaitement bien.
Ce matin, je la saisis par ses deux manches (manches ? branches ? bras ? pas queues, non ? si ?) La roue ne tournait plus. Ma brouette gémissait plaintivement comme une bête malade. J'ai pensé d' abord à quelque herbe ou fougère coincée, mais non. Un écrou avait sauté et la roue flanchait.  Je n'ai pas retrouvé l'écrou.  Ma brouette, ma brouette, ma pauvre brouette ! Brouette vivant en pleine campagne, mussée entre deux haies d'épineux, à l'ombre de grands chênes séculaires, mais qui t'a fait ça ? On est pourtant drôlement loin de toute banlieue et de ses djeunes détrousseurs patibulaires. Mais ils sont  venus quand même, espérant l'accident, patients et avides comme les naufrageurs de l'île de Sein.  Ils étaient si bien planqués dans l'épine noire et les noisetiers que je n'ai rien vu.
 Un boulon ne saute pas par hasard.

mardi 2 juillet 2013

Un petit jeu pas si facile

Moi aussi, comme Jacques Etienne et tant d'autres, j'apprécie le nauséabond Didier Goux en auteur-livreur. Notez que je l'entretiens dans sa modestie: écrivain en bâtiment, dit-il, auteur-livreur ajouté-je, pour son journal qu'il  nous offre à la fin de chaque mois. J'aimerais bien qu'il nous fasse  un journal du mois d'après, rien qu'une fois, pour changer. Le passé, c'est bien beau, mais l'avenir, tout de même...
J'ai empilé ce que j'ai chez moi de journaux d'écrivain. Nous sommes en juillet, j'ai lu ce qu'ils écrivaient en juillet. En voici   sept  extraits . Il en manque, et de grands, mais j'en garde pour août.
Qui saura en reconnaître quelques-uns ?

1)   Juillet s'épanouit dans la canicule. C'est le mois de l'été actif. On travaille encore. Il y a les forçats du tour de France. Bientôt ce sera, avec août, l'été passif. Maisons et magasins fermés, torpeur généralisée. On fera la queue devant la seule boulangerie ouverte du canton. C'est qu'ici nous sommes à la fois à la campagne et à Paris. Pas question d'estivants. Les vacances vident la région. […] 
 Sur la plage, deux filles très exemplaires, quatorze et seize ans. Assez lourdes, le nez épaté et retroussé, mais éclatantes de fraîcheur. Blondes, bleu et rose, tout le corps doré par le soleil comme une brioche. Porcines avec leur mufle épais et sensuel, mais triomphalement charnelles, elles sont la négation des mannequins squelettiques recherchés pour les défilés de mode. C'est ainsi que la peinture traditionnelle de Rubens à Renoir voulait que fût la femme. C'est la fusion en une seule pulsion de l'appétit alimentaire et du désir érotique. 
Michel Tournier, Journal extime Juillet 2002.

 
2) Moins de livres vendus, davantage de livres publiés. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans cette histoire ?
Les lecteurs potentiels ont certes tort d'acheter moins de livres, les éditeurs ont-ils raison de s'obstiner à leur offrir une marchandise dédaignée ? En terme de marché, c'est bien comme cela qu'il faut dire ? Et si les éditeurs réduisaient leur production, qu'est-ce qui se passerait ? Pour eux, j'entends.
Au temps de la prospérité - très relative, il va sans dire, puis qu'un grand éditeur comme Julliard jonglait avec plusieurs banques à la fois - j'avais dit un jour à René Julliard : avec quatre romans par mois vous perdez de l'argent, pourquoi n'en publieriez vous pas qu'un ou deux particulièrement choisis, et de qualité ? À quoi il me répondit : si je perds de l'argent avec quatre romans il me faudrait au contraire en publier huit, le double, pour rentrer dans mes frais et « faire tourner la maison."
J'ai compris ce jour-là que je ne serais jamais ce qu'on appelle un éditeur.
Maurice Nadeau Journal en public 1er juillet 2002.

3) C'est étrange de constater comme ce pouvoir de créer rend son ordre à tout l'univers. Je puis voir l'ensemble de ma journée dans ses justes proportions, même après une longue hésitation de l'esprit, comme celle que j'ai eue ce matin. Mais ce doit être une nécessité physique, morale et mentale, comme mettre une machine en marche. Folle journée de vent et de chaleur, des bourrasques dans le jardin, toutes les pommes de juillet dans l'herbe. Je vais m'offrir le luxe d'une série de rapides et vifs contrastes, et briser les moules autant que je pourrai. Enfin, faire toutes sortes d'expériences.
 Virginia Woolf, 27 juillet 1934.

4) Bien que le spectacle d'un grand incendie ne soit pas une plaisanterie, chacun de nous retourna peu après à ses occupations. Encore heureux de pouvoir le faire! Le soir, au dîner, nouvelle alerte. Pour une fois, on mangeait bien, mais le hurlement des sirènes m'a coupé l'appétit. Cependant, tout resta calme jusqu'au signal de fin d'alerte trois quarts d'heure plus tard. À peine la vaisselle faite : alertes, tirs, et un nombre inimaginable d'avions. « Ciel, deux attaques dans la journée c'est trop» mais on ne nous demande pas notre avis. Montant, piquant, les avions faisaient vibrer le ciel et me donnaient la chair de poule. À chaque instant je me disais : « cette bombe est pour toi, adieu ».
  Anne Frank, 26 juillet 1943.

5) Ce pavillon à grand jardin […] qui était, il y a encore une douzaine d'années, un endroit charmant d'isolement et de tranquillité, est devenu intenable. Non seulement je suis entouré de sots – et goujats – à TSF, pour qui le vacarme paraît être la plus grande jouissance, qui font marcher leurs appareils au plus haut diapason, toutes fenêtres ouvertes, sans souci du dérangement qu'ils peuvent causer à autrui – la pensée ne leur en vient certainement même pas – mais vers R..., au milieu de cette route qui mène au bois de Verrières, on a construit tout un lot de maisons à loyer bon marché, et, depuis la soirée de mercredi dernier, il y a, pour le 14 juillet, un bal de nuit dont le vacarme que m'apporte le vent est, pour moi, comme s'il était à cent mètres. Voilà quatre nuits que je ne peux dormir, et j'en ai encore une à subir ce soir, ce qui fera la cinquième. Que suis-je obligé de gagner ma vie ! Je ne serais pas long à décamper et à chercher ailleurs, le plus loin possible de cette vermine, un endroit où j'aie vraiment le silence. Il faut ajouter, par-dessus le marché, le centre d'aviation de V. et le potin des appareils dans le ciel, la journée et une partie de la soirée. Je ne sais pas ce que sera la vie sociale dans cinquante ans, mais il est à prévoir qu'elle sera à se sauver.
Paul Léautaud, dimanche 17 juillet 1938

 
6) Ma chambre à l'hôtel, la chaleur réfléchie par le mur d'en face. Elle se dégage aussi des murs latéraux qui forment une voûte et enserrent la fenêtre placée dans un renfoncement. En plus, soleil d'après-midi. Le garçon, vivacité de mouvements, presque comme un Juif de l'Est. Tapage dans la cour, comme dans un atelier de construction de machines. Mauvaises odeurs. Punaise. Difficile de se décider à l'écraser. La femme de chambre s'étonne, il n'y a de punaises nulle part : une seule fois un client en a trouvé une dans le couloir.
  Franz Kafka, juillet 1914

 
7) De jeunes musiciens sont montés à Sartrouville. Ils jouent La foule, Mon amant de Saint-Jean, des airs d'avant le RER et les villes nouvelles. Je leur donne dix francs comme je donne à des silhouettes et des visages de misère. Le même geste pour payer le plaisir ou la compassion.
Les chansons transforment la vie en roman. Elles rendent belles et lointaines les choses qu'on a vécues. C'est de cette beauté que vient plus tard la douleur de les entendre.
Dans le film de Raymond Depardon, sur l'asile de l’île San Clemente, à Venise, on voit un homme affalé sur une table. Il tient un transistor collé à l'oreille et il écoute très fort une chanson. C'est une chanson italienne, elle fait penser à une fête foraine, à un bal en plein air, à l'amour perdu. L'homme écoute et il pleure. 
 Annie Ernaux, 13 juillet 1993
*** 
J'active la modération des commentaires ... et j'attends avec curiosité. 

vendredi 5 avril 2013

mercredi 21 septembre 2011

Tout est la faute à l'Islam.

 J'ai fait ma tournée de presse et de blogs ce matin. J'ai l'impression que le blogueur se fatigue, ou alors ce sont les commentateurs. Oui, mais comme les commentateurs sont aussi des blogueurs, ça vaut pour tout le monde. Les vieux blogs s'useraient-ils ?
Je regarde ma bloguerolle. Un coup de barre chez Nicolas, mais lire les dessous de la campagne électorale et les commentaires qu'ils inspirent, bof. Sa bloguerolle a lui est pleine de titres évoquant malheurs et catastrophes. Un coup de barre chez Didier Goux , son dernier billet cause de l'Islam au Canada. Merde à l'Islam, d'accord, mais aujourd'hui je fais relâche. Un coup de barre chez Mtislav, dont la bloguerolle abrite le fleuron des leftblogs comme celui de nos amis les Rrums qui me font parfois rire. Avant, j'allais chez le Coucou pour cela mais bien que son blog lui survive et que sa bloguerolle soit à flot, je n'y vais plus. Tiens, l'écureuil a écrit un billet : le site internet de la ville de Tours hacké. Dans les commentaires, Mike Hammer Papatam Andropov indique que celui de Rennes aussi. Diantre, pensai-je aussitôt, encore un coup des islamistes. Je me suis moqué de moi au moment où je l'ai pensé, bien entendu. Si ça se trouve, c'est juste un coup des Juifs et des Francs-maçons. Je clique sur le lien offert par Patatam Andropov, qui mène au site Rennes ma ville. Et là, qu'est-ce que je lis ? Je vous le donne en cent, je vous le donne en mille ?

Depuis ce matin, un message indique que le site internet de la ville de Rennes est en maintenance. Selon nos informations, le site internet de la ville aurait été la cible d’une attaque. Cette dernière a été revendiquée par TeaMpOisoN hackers, sur le réseau social Twitter avec le message suivant : « Offical Website Of The City Of Rennes (France) Hacked. - http://www.rennes.fr - reason : against the banning of prayer in public #TeaMp0isoN ».

Attaque politique ?
Selon ce message, « l’interdiction de prières dans la rue », mise en vigueur par le ministère de l’Intérieur le vendredi 16 septembre, serait à l’origine de ce piratage....

Je vais ramasser quelques cèpes et bolets pour agrémenter l'omelette du diner.  J'espère qu'il n'y a pas de hackers de sous-bois qui injectent du poison dans les champignons pour mener le djihad en zone rurale. Si je ne donne pas signe de vie d'ici 24h, je vous demande, lecteurs chéris, de mener une action pour que le bolet de Satan et le bolet bleuissant (vénéneux) soient renommés  "bolet Mahommet"  et "bolet burka", pour que je n'aie pas mouru pour rien..

***
Le Monde en parle aussi.

dimanche 11 septembre 2011

J'ai la mémoire qui flanche

Help, help,  help me!

Je ne sais pas  s'il vous arrive, amis lecteurs, de  chercher désespérément où, dans quoi, vous avez lu ce passage, cette phrase, cette bribe de phrase, que vous n'arrivez pas à remettre dans son contexte, c'est à dire dans son livre. Qui  a écrit ça, bon Dieu, qui, qui ? On laisse la phrase, on se dit que la mémoire vous reviendra quand vous n'y penserez plus, ou quand vous y penserez légèrement, sans insister, mais la phrase obsédante rapplique dès qu'on baisse la garde.
Dans quel livre est-il question d'un petit garçon  que sa mère envoie chercher de l'huile à l'épicerie ? La famille est pauvre, très pauvre, aussi l'enfant n'emporte pas sa bouteille vide, il n'y va même pas avec un verre, mais avec une cuiller. L'épicier lui dit quelque chose comme "et la prochaine fois, tu viendras juste pour que je te mette une tache d'huile sur ta chemise ?"

jeudi 4 août 2011

On a volé un parking


On a volé un parking: ce titre du journal  La Provence m'enchante. Je pense à la BD de Fred  Le petit cirque, dans laquelle on voyait la route s'enrouler comme un rouleau de papier au passage de la vieille roulotte. J'imagine un gang de voleurs de parking. On se lève le matin, le parking a été soigneusement découpé, enroulé, chargé. Peut-être en reste-t-il un petit morceau sur les bords. Les habitants descellent  le vestige en pleurant: c'était notre parking, et ils le déposent sur un coussinet dans la vitrine,   entre la poupée bretonne et la coupe de l'équipe des poussins du petit dernier. On va revendre les rouleaux  de parking ailleurs, plus loin, il y a un marché pour cela. Ces malins   savent y faire ! Les maires ont honte. Malgré les demandes incessantes de leurs citoyens lepénistes, ils n'ont pas voulu installer des caméras vidéo à dôme antivandales, et voilà, ce sont dix-sept voitures qui ont disparu, enroulées dans les parkings, voitures chéries qu'on ne retrouvera jamais, jamais plus.. Que faire ? Les municipalités font des appels d'offres discrets et illégaux, on rachète en douce et en liquide un autre  parking volé ailleurs, on le déroule ni vu ni connu, un coup de ciseau, un coup peinture et voilà  comment perdure ce commerce lucratif.

Aujourd'hui à Marseille, et où, demain ?

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Ajout de 18h30

De notre correspondant kremlinois sur place, voici une nouvelle plus qu'inquiétante: le parking de la Place de La Comète, lui aussi, a été volé.  Certaines personnalités politiques locales déplorent le désinvestissement des pouvoirs en place dans ce genre de situation, allant jusqu'à prétendre qu'il est calculé pour qu'un vote massif en faveur du Front National affaiblisse le prochain candidat de gauche. Cette tragique hémorragie de parkings amenuise notre prestige national et nuit au tourisme.


La Place de La Comète, après le vol de parking.(photo Nicolas.J)

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lundi 2 mai 2011

Qui a écrit cela ?

    

    Voici   trois courts extraits de mes dernières lectures.
    Qui saura reconnaître  ou deviner les auteurs ?  J'ai remplacé les noms propres par des initiales.
***

A. se rappelait avoir visité un jour avec son ami l’écrivain le couvent des bénédictins d’O. L’écrivain, toujours avare de paroles, avait tout observé avec attention pour demander finalement à un vieux moine « s’il n’avait jamais eu envie de sortir. » La question n’avait nullement embarrassé le vieillard, qui avait répondu aussitôt : « la dernière fois où j’ai éprouvé ce désir, c’était en 1929, lorsque le chauffage était en panne. »

Ils avaient ri de bon cœur, mais le religieux, en retour, avait interrogé l’écrivain : « Et vous ? Ce n’est sans doute pas votre première visite à un couvent ? N’avez-vous donc jamais souhaité d’y entrer ? »

Là encore, la réponse avait fusé avec une simplicité confondante et A. ne l’avait jamais oubliée. Mon couvent, c’est le  monde, avait dit l’écrivain ; le moine, à son tour, avait ri, et dit qu’il comprenait très bien.
***


A onze  heures, quand les ouvriers revinrent de la plantation, il  les fit assembler dans son jardin, devant la véranda.  Tous les hommes valides étaient présents, y compris ceux qui aidaient à l’hôpital ; même les femmes et plusieurs négrillons étaient alignés avec les autres sur deux rangs – une horde de sauvages nus, un peu moins de deux cents personnes. Outre leurs ornements de grains, de nacre et d’os, leurs oreilles et leurs narines percées étaient surchargées d’épingles  de sûreté, de clous, d’épingles à  cheveux, de clous, de poignées rouillées de casseroles et d’ouvre-boites pour le corned beef. Certains portaient,  par précaution, des canifs dans leurs tignasses crépues. Sur la poitrine de l’un d’entre eux était suspendu un bouton de porte en porcelaine, sur celle d’un autre, la roue de cuivre d’un réveille-matin.
Face à eux, cramponné pour se soutenir, à la balustrade de la véranda, se dressait le Blanc malade. N’importe lequel d’entre eux aurait pu le renverser d’une chiquenaude de son petit doigt. En dépit de ses armes à feu, une ruée simultanée de la bande l’aurait terrassé ; ils se seraient rendus maîtres de sa tête et de sa plantation. La haine la soif du meurtre, le désir de vengeance débordaient de leurs cœurs ulcérés. Mais il leur manquait totalement ce que lui possédait : la maîtrise de soi, une flamme que rien ne pouvait éteindre, même dans ce corps dévasté par la maladie et qui, plus ardente que   jamais, était toujours prête  à jaillir pour les brûler et les marquer de son courroux.

*** 
- C’est à  V. ,que je tourne.
- Et vous allez où, après ?
- Je ne sais pas
- Vous savez pas ?
- Ben non… Pas exactement. Par là, plus où moins loin…

Il montre vaguement une direction dans le paysage, sur la gauche de la route, en avant. Ce sont des pays de demi-brume et de vieilles forêts, de champs cois et de hauts clochers pointus, par-dessus des épaississements de  haies. Elle dit :
- Vous êtes marrant, vous…
- Ah oui ?
- Non, c’est vrai. C’est la première fois qu’je rencontre un type qui ne sait pas où il va.
- Ah bon ? J’aurais cru que ça ne manquait pas, pourtant…
A. Ne répond pas et tourne la tête vers sa vitre, à droite, comme si elle regardait le paysage, mais sans rien voir du tout. Oui, d’un autre côté, il n’a pas tort, son chauffeur. Des types qui ne savent pas où ils vont, elle en connait. Mais c’est plutôt du côté mental, si on veut, pas quand ils se déplacent en vrai.

***


mercredi 8 décembre 2010

Umberto Eco et Jean-Claude Carrière ne vont pas aux champs (mais moi si.)


Cher Umberto Eco, cher Jean-Claude Carrière,

Dans le recueil d'entretiens N'espérez pas vous débarrasser des livres, on peut lire ceci:

"J.C.-C.: Si je pense à notre usage du livre, notre œil va de gauche à droite, et de haut en bas. Avec l'écriture arabe et persane, avec l'hébreu, c'est le contraire. L'œil va de droite à gauche. Je me suis demandé si ces deux mouvements n'avaient pas eu une influence sur les mouvements de caméra au cinéma. Le plupart des travellings, dans le cinéma occidental, vont de gauche à droite alors que j'ai souvent vérifié le contraire dans le cinéma iranien, pour ne citer que celui-là. Pourquoi ne pas imaginer que nos habitudes de lecture puissent conditionner nos modes de vision ? Les mouvements instinctifs de nos yeux ?

U.E.: Alors il faudrait s'assurer qu'un agriculteur occidental commence à labourer son champ en allant de gauche à droite pour revenir de droite à gauche, et un agriculteur égyptien ou iranien de droite à gauche pour revenir de gauche à droite. Parce que le tracé du labour correspond exactement à l'écriture en boustrophédon. Sauf que dans un cas on commencerait par la droite et dans l'autre par la gauche. C'est une question très importante qui à mon sens n'a pas été suffisamment étudiée."

***


J'ai mené ma petite enquête près de chez moi pendant les labours d'automne.
Voici mes observations, qui portent sur une quarantaine de champs.
Quand l'entrée du champ est à droite, on commence par la droite et on creuse le premier sillon de droite à gauche. Quand l'entrée du champ est à gauche, c'est le contraire. Le labour est effectué en va-et vient. Il y a autant de champs dont l'entrée est à droite que de champs dont l'entrée est à gauche. Pour les champs dont l'entrée est à peu près au milieu, je n'ai pas remarqué de préférence. Dommage. J'avoue que j'aurais bien aimé que vous eussiez raison.
Je me suis dit que j'allais poursuivre mes investigations du côté des jardiniers. Commence-t-on le désherbage d'un rang de carottes par la gauche, et revient-on à la gauche pour le rang suivant, comme on va à la ligne ? Je verrai cela au printemps prochain. Je lance dès maintenant un appel à contribution chez les blogueurs flâneurs, paysans ou jardiniers.

Jean-Claude Carrière N'espérez pas vous débarrasser des livres Grasset.

***
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vendredi 23 avril 2010

Commentateurs et commentatrices


Ce matin, sur le blog du frisé kremlinois dont c'est aujourd'hui l'anniversaire, j'ai écrit qu'un certain blogueur (Rimbus) ne discutait pas avec les femmes et qu'il n'y en avait pas, ou peu, sur son blog. Après, je suis allée y faire un tour et j'ai noté ses derniers intervenants dans ses derniers billets. Bon, il y a quelques commentatrices et contradictrices quand même, j'ai exagéré, mais une énorme majorité d'intervenants mâles. (Hermès, Nicolas, Le Prétorien, Jean Claude, David, Didier Goux, Alexis, BabelOuest, Corto, Homer, Falcon Hill, Philippe, Isabelle, Salvadorali,Océane, Marguerite, AmiedesBêtes, Karine, Dagrouik, Gaël, BA, Jean, CaptainH,). 18 hommes, 4 femmes.
Tiens, que je me suis dit, je vais compter chez moi pour comparer: Olympe, Didier Goux, Audine, Geargies, Nicolas, Dorham, Fredi Maque, CC, le Coucou, Gildan, Epamin, Chieuvrou, Homer, Corto , Chr Bohren, la mère Castor, DizzyP, Patrick, Malavita, Carine. 7 femmes, 13 hommes.
J'ai continué avec Nicolas (PMA): Rimbus, le Coucou, Hermes, Monsieur Poireau, Chr Bohren, falcon Hill, Yann, Mip, Dorham, Suzanne, Didier Goux, Isabelle B, Romain Blachier, Paul, Balmeyer, Captain H, Philippe M, monsieur Poireau, Handballeuse, Chr Bohren. 3 femmes, 17 hommes.
Bon, allons chez Olympe pour voir la vie en roses : là, je n'arrive pas à compter car il y a beaucoup d'interventions courtes sans accord M/F et avec pseudos non sexués.

Et puis je me suis dit que je n'allais pas y passer la journée, je vais désherber mes pivoines et pêcher des gardons.

La conclusion de cette passionnante enquête, c'est que sauf sur les blogs de filles pour filles, il y a une majorité d'hommes plus ou moins forte, même quand on parle de tout, de rien, et d'autre chose. Regardez donc sur sur le vôtre, par exemple.

lundi 19 avril 2010

Je crois le vent les a ôtés (suite et fin)


J'ai fouillé ta maison. D'abord un peu, presque pas. Ouvert les tiroirs, regardé les albums photo, la boite à courrier.

Un jour, alors que je revenais à pied du village, le ciel s'est brusquement obscurci et la pluie menaçait. Une voiture s'est arrêtée près de moi. La portière passager s'est ouverte et j'ai vu Isabelle, que je ne connaissais pas. Longue chevelure épaisse aux reflets de châtaigne rousse, yeux gris vif. On ne devrait pas dire gris vif, gris lumineux à la rigueur, mais ces yeux-là étaient vraiment d'un gris pur, sans bleu ni vert, clairs, allumés de l'intérieur. Les mains sur le volant étaient couvertes de pansements, l'index pris dans une poupée de gaze blanche couronnée de sparadrap, les poignets et les avant-bras griffés profondément.

J'ai pensé à toi, Isabelle, quand j'ai parlé sur ce blog des deux Maliens qui étaient venus travailler à l'abattoir, à tes côtés. J'ai pensé à ce que tu m'as raconté ce jour-là et les jours suivants, ce que tu m'as raconté de ton travail. Ce jour-là, tu fêtais en famille ton trentième anniversaire. Tu revenais du bourg où tu étais allée acheter du pain pendant que ton père et ton frère ouvraient les huîtres. Tu m'as proposé d'aller boire un verre chez toi, j'ai accepté. Moment de fête dans la petite maison que ta mère t'a laissée en héritage, avec, autour de la table, trois collègues vêtues de robes pimpantes, un frère taciturne et un père éméché. J'essayais de ne pas trop regarder tes mains abimées; je me demandais quel eczéma, quelle maladie de peau pouvaient occasionner tant de blessures. Puis J'ai vu avec stupeur que les mains et les avant-bras des trois autres femmes étaient quasiment dans le même état. Une allergie à un désinfectant, à un produit phytosanitaire ? J'ai posé la question en m'excusant de la poser, mais j'avais envie de savoir. Eczéma, allergie, maladie, haha, vous n'y êtes pas, mais je tombais du ciel ou quoi ? Rien de tout cela, juste le ramassage des volailles la nuit et le travail à l'abattoir. La peau lacérée, les écorchures et les plaies étaient dues aux bêtes soulevées par les pattes, maintenues pendant qu'elles se débattent, aux bouquets de poulets qui criaillent, griffent, déchirent les mains qui les tiennent, quand ce n'est pas le visage. Et les femmes me racontaient leur labeur, détaillaient des anecdotes sur un ton sobre, empreint d'humour triste et fatigué.

Mille volailles à l'heure, à l'abattoir. Vivre dans les plumes qui volent et les duvets qu'on inhale en étouffant, accrocher les poulets sur le rail auquel on les pend pour les vider, après qu'ils ont été saignés et plumés automatiquement. Couper le cou et les ailes à la cisaille pneumatique, et vider les bêtes en crochetant de l'index leurs tripes chaudes et gluantes à six heures du matin. Le bréchet des poulets perce les gants, on se décolle les ongles, on se blesse. Puis l'atelier de découpe, dans le froid. Les mains dans le froid, on ne sait plus quoi faire pour ses mains, ses pauvres mains. Gants de soie sous gants de laine sous gants en plastique, rien n'est efficace à la longue. Les bêtes meurent sans avoir jamais vu le ciel et les ouvriers qui répètent à longueur de temps les mêmes gestes en respirant un air vicié s'imprègnent de l'odeur de poulailler, de fiente, de plumes mouillées et d'entrailles des animaux qu'ils découpent.

Isabelle et ses amies en ont acheté des billets de Loto, ah si un jour... Et faute de fortune de rêve, elles espéraient rencontrer un homme qui aurait un vrai travail, de l'argent. Elles ne croyaient pas aux syndicats, au vote, à la politique. Père Noël et compagnie que tout cela... Quel syndicat, quel politicien se souciait des videurs de poules enfermés ça et là dans des bâtiments presqu'identiques à ceux des élevages ? Poule encagée, juste bonne à attendre le couteau dans la gorge, homme enfermé, c'est du pareil au même, des vies qui n'ont pas de sens.

Nous nous sommes revues. Isabelle m'a donné des plants de framboisier Logan, je lui ai donné un chaton de ma chatte, et nous avons bu des litres de thé ensemble. Je n'ai jamais aimé l'école, disait-elle, j'étais trop lente et pourtant j'aimais lire. Maintenant je lis encore mais, c'est idiot... Je ne lis que des livres pour la jeunesse, ils sont faciles et mieux écrits, ils se lisent vite. J'étais trop lente et j'avais l'esprit ailleurs, et puis la maladie de ma mère qui n'en finissait pas... Alors je n'ai jamais fait d'études, et pour le boulot, je n'en ai jamais eu de bien, même pas caissière. On prend ce qu'on a, heureux qu'on est de ne pas se trouver au chômage, par les temps qui courent...

C'est en lisant un roman pour enfants de dix ans, Le chat blanc de Syrios, illustré tout en bleu, qu'elle a eu envie d'aller en Grèce. Le bleu de la mer et du ciel, le blanc des maisons d'un village, lui ont tapé dans l'œil. Une publicité pour des vacances tout compris dans un hôtel avec piscine, le tour était joué, et pourquoi pas... Je trouvais que c'était une bonne idée.

Après, je ne sais pas. Je ne me suis pas inquiétée pour elle pendant le temps des vacances, j'ai cru ensuite qu'elle les avait prolongées, qu'elle avait fait une rencontre, qu'elle allait revenir un jour ou l'autre, mais rien. Les lilas ont fleuri dix fois, une des copines d'Isabelle s'est mariée avec un gendarme, une autre a eu trois enfants de trois pères différents sans jamais en trouver un qui reste et vit d'allocations et de ménages au noir, et la troisième, Mélanie, a trouvé une place à Citroën, à la sellerie.

Dans un carton à chaussures couvert de papier rose, il y avait le courrier d'Isabelle. Les cartes de sa grand-mère, ma chère petite fille nous te souhaitons un joyeux anniversaire pour tes huit ans tes neuf ans tes quinze ans, des lettres d'un Adrien rencontré en colonie de vacances à Royan, avec des cœurs sur l'enveloppe et des paroles de chansons pour dire qu'on est amoureux sans le dire vraiment, quelques lettres d'une copine de classe partie vivre au Maroc, et un brouillon non daté, de la main d'Isabelle, adressé à sa marraine: « Chère marraine, je pense à toi tous les jours et je regrette que ta santé s'empire. J'espère que Laurence et Priscilla s'occupent bien de toi, je ne viendrai pas en août mais plus tard, je pars en vacances dix jours en Grèce et j'en ai besoin tant j'ai mal aux mains que je n'en dors plus, et au dos, et partout, mais surtout aux mains »


C'est tout.

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dimanche 11 avril 2010

Je crois le vent les a ôtés

J'ai un peu envie d'arrêter ce blog. De le laisser en suspens, tel qu'il est, pour ne pas tuer les commentaires des uns et des autres. Lassitude, bavardage, à quoi bon ?Avant, je vais y publier un texte qui me sera peut-être égoïstement utile. Incongru, déplacé, tant pis.

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Chaque année, 6500 personnes disparaissent en France. Elles reviennent presque toutes ou se manifestent dans un délai qui s'étale de quelques jours à une année. Une centaine d'entre elles reste cependant introuvable. Ce sont les chiffres de la préfecture de police.
Il y a les chez les adultes les disparitions explicables: le compte bancaire est vidé, la personne a pris ses vêtements, sa valise, son ordinateur portable et ses papiers d'identité. On ne saura peut-être jamais pourquoi elle est partie, ni où, mais au moins ses proches ne se morfondent pas en l'imaginant victime d'un enlèvement ou d'un crime.

S'ils désirent effectuer des recherches, le conjoint, les parents, les enfants, tous ceux qui voudraient bien comprendre et se rassurer, se heurtent à un refus poli de la maréchaussée. Changer de vie n'est pas un délit, leur objecte-t-on; avez-vous quelque élément qui nous pousserait à déclencher des recherches pour disparition inquiétante ? Non, n'est-ce pas, alors, rentrez chez vous, n'y pensez plus. Ceux qui partent volontairement et ne reviennent pas dans les trois mois, il y a peu de chance de les revoir un jour. Organisez-vous, faites vous une raison, mettez une croix dessus, vivez. Ou attendez. .
Attendre...
Je connais quelqu'un qui a disparu, à qui je pense très souvent. Écrire ce texte en parlant de toi, Isabelle, ou te parlant, à toi ? Se connaît-on encore ?

Ce blog va me servir à quelque chose. Si tu es en vie, si tu entres dans un moteur de recherche quelques mots clés pour avoir des nouvelles de ton village, de tes amis, de ton père, de ton chat, tu tomberas dessus. Comme dans ces jeux d'écriture où l'on doit fourrer dans un texte des mots tirés d'un dictionnaire, au hasard, je vais truffer ce que j'écris ici de repères invisibles pour tout autre que toi.

Je suis entrée dans ta maison après l'enterrement de Victoire. Trente personnes m'ont demandé si j'avais de tes nouvelles, j'ai dit non. Cinq ans au moins, peut-être six, qu'elle s'est évaporée, Isabelle, et rien ? Non Catherine, non madame Ernaut, non monsieur De La Salle, pas six ans, dix ans et quatre mois exactement, puisqu'on est en décembre. Où était-elle partie, déjà ? C'est vous qui l'avez vue en dernier, non ?

Je ne leur réponds plus. Les arrière-petits-fils de Victoire ont rampé sous les broussailles du jardin pour chercher des noix oubliées. Un dôme de ronces qui gonfle d'année en année a recouvert le potager et des frênes ont poussé dedans, étouffant les arbres fruitiers. Vieille Victoire et ses guirlandes d'immenses culottes en coton blanc à grosses côtes qui se balançaient sur le fil à linge devant la maison. On ne voyait que ça de la route, ces touches de blancheur éclatante; les promeneurs qui poussaient le chemin du Haut-Val jusqu'à la Noë de Gressanges sortaient leur appareil photo. Vieille Victoire ridée, plissée, au menton hérissé de poils jaunâtres, noueuse et courbée comme ses poiriers, morte dans son jardin, un bouquet de thym à la main. Née en 1918, elle n'aura connu d'autre horizon que celui de son canton, une fois le train pour Lourdes et jamais Paris ni la mer, ni l'hôpital non plus, grâce à Dieu, a dit le curé pendant les obsèques.

J'ai entendu ses enfants et ses petits-enfants parler de vente. Des Anglais sont sur le coup, qui restaureront la longère, arracheront les lilas, transformeront le verger et le potager en espace paysagé et la soue aux cochons en garage à quads et VTT. Tu auras la surprise quand tu reviendras.

Ta maison à toi est triste et maussade. La vigne rampe sur le toit, envahit les fenêtres. Les deux années qui ont suivi ton départ, Freddy a coupé les ronces. Moi j'ai ramassé le courrier, nourri la chatte, j'ai taillé les rosiers, lié le grimpant et ouvert les volets de temps en temps. Puis les orties, l'oseille sauvage et le seneçon jaune ont gagné la partie. La chatte Panthère s'est lassée de t'attendre, elle a trouvé le fauteuil et le couvert chez Antoine et Maryvonne. Elle a perdu le bout de sa queue dans une bagarre avec le griffon du père Vallier. Je suis venue de moins en moins souvent, et maintenant je dois écarter les ronces pour entrer la clé dans la serrure.

Dix ans, c'est long. J'ai essayé de me rappeler le plus exactement possible ce que tu m'avais dit avant ton départ. Tu m'as confié les clés, expliqué la porte du cellier qu'on devait soulever en la poussant très fort, le compteur d'électricité, le compteur d'eau, la bassine verte à vider et replacer en cas d'orage dans la chambre du fond à cause de la fuite à l'angle du Velux, la chattière de l'appentis à ne pas obstruer. J'ai beau fouiller dans ma mémoire, je suis sûre que tu ne m'as jamais dit quand tu reviendrais, ni que tu reviendrais.
Comme tout le monde, je pensais à des vacances. J'étais la seule à en connaître la destination, mais je ne peux même pas être certaine que tu as vraiment pris un avion pour Athènes, et s'il y avait un billet de retour après ce séjour en Grèce. Les services de l'aéroport ont refusé de me renseigner quand j'ai voulu jouer les détective amateur. Les gendarmes m'ont gentiment éconduite, et comme je revenais avec ton frère deux ans plus tard, ils m'ont conseillé de partir en vacances moi aussi, sur tes traces, et de te rechercher dans les îles où tu devais te prélasser avec un galant, sacrée veinarde, à moins que tu ne te sois mariée quelque part entre Le Havre et Montpellier, et donc jamais partie en Grèce, va savoir.

Qu'est-ce qui me prend d'écrire tout ça sur un blog ? Si elle avait voulu me faire un petit signe, cette Isabelle, un petit signe à moi ou à d'autres, qui l'en aurait empêchée? De quoi se mêle-t-on ? Fichons-lui donc la paix une bonne fois pour toutes...
N'empêche. Quelques jours après la date où elle aurait dû reprendre le travail, quand elle aurait dû passer chez moi reprendre les clés, je suis allée soulever le couvercle du puits, et j'ai regardé le fond avec une torche puissante. J'ai inspecté les soues, la grange, le cellier, et les appentis du Freddy, le Freddy si laid et si sale qui se planque le soir en face des fenêtres des maisons sans chien pour essayer de voir les femmes se déshabiller. J'ai marché dans les allées du jardin, pas de terre fraîchement remuée, rien.

J'ai fouillé ta maison. D'abord un peu, presque pas. Ouvert les tiroirs, regardé les albums photo, la boite à courrier.
(à suivre)

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