lundi 3 mai 2010

Sous les baisers des colombes




J'ai lu sur le blog de Nicolas une petite phrase qui m'a tiltée. Le contexte: Nicolas écrit un billet anti-islamiste, dans lequel il dit "qu'on vire ce polygame". Il explique plus loin que virer ne signifie pas expulser, mais mettre hors d'état de nuire. On lui répond "attention, tu deviens réac et tu vas voter UMP."

Bizarre qu'on en soit arrivé là.

Pendant les dernières régionales, j'ai assisté à un débat entre les trois candidats du deuxième tour. On y débattait des choix régionaux d'investissements, des grands projets et des petits, et des problèmes. Le socialiste sortant était toujours dans le concret, au ras des dossiers, un peu ennuyeux souvent, sans effets de manche. J'ai eu un vote conservateur, c'est à dire socialiste. Bien sûr, il y a en Bretagne mille problèmes de gestion, de choix locaux ou autres. Pollution des eaux, élevages industriels, agriculture agonisante... mais il était plus réaliste, plus concret, moins politicien que les autres. C'était en tout cas mon avis, d'où mon vote.

Pendant ce temps, sur les blogs bretons, on s'écharpait sur les panneaux bilingues, sur la couleur de la cravate du candidat qui était symbolique des autonomistes fachos, sur l'école Diwan, sur trois éoliennes ici ou là. Du vent, de l'écume. Où je veux en venir ? Si j'avais du voter en fonction de ce que j'ai lu dans les blogs persos, j'aurais été bien embarrassée. Je ne sais pas s'il y a encore un clivage droite-gauche, mais dans les blogs on a du mal à le sentir, malgré les slogans et déclarations choc. Il s'est déplacé.

Le clivage est dans la façon dont on est antiraciste. Pas dans l'antiracisme lui-même, personne ne se dit ou revendique raciste, ou alors deux trois originaux que je ne lis pas. Pas dans l'anti-islamisme en soi. Je ne connais aucun blog franchement islamiste (il y a bien les les forums des mosquées, mais pas de blogueurs qui se promènent dans ma blogosphère habituelle, en tout cas). Personne ne défend franchement les intégristes, mais il y a un clivage dans la perception du danger de l'islam, ou pas. Certains disent danger supposé, danger fantasmé, faux danger qui masque un discours raciste. Certains, qui se disent féministes, ne voient pas ce qui cloche dans l'attitude du boucher de Nantes, par exemple, et dénoncent l'instrumentalisation de cette anecdote à des fins diverses. Ce sont souvent les mêmes qui ne voyaient pas d'antisémitisme dans l'affaire du gang des barbares, juste la mise en spectacle par les médias d'une tragédie de la pauvreté et de l'exclusion. Les caillassages de bus ou luttes de territoire en banlieue relancent les discussions avec les mêmes arguments, les mêmes discours de part et d'autre.
Le clivage est exactement dans cette phrase là: si tu combats l'islamisme, si tu veux empêcher les familles islamistes de vivre en paix, c'est que tu es contre les immigrés, c'est que tu es pour Sarko et la droite, c'est que tu es de droite. Le clivage est dans cette opposition loi antiburqa-oui ou loi antiburqa-non. Tous les blogueurs, ou peu s'en faut, ont pris parti, même ceux qui disent "ah, que ce sujet me gonfle".
Je ne vois plus d'idées de droite ni de gauche là dedans, mais un changement de ralliement, de bannière. La droite, les réacs, les conservateurs, chez les blogueurs, est représentée par ceux qui ne veulent pas de l'islamisation de la France. Ceux qui refusent de donner un cadre légal à des éléments de lutte contre l'islamisme sont de gauche. Choisis ton camp, camarade, dit-on à Nicolas.
Il est rassurant que la majorité des députés, de droite comme de gauche, se prononcent en faveur d'une loi antiburqa, quand on lit la majorité des blogs.

Je n'arrive pas à m'y habituer.

16 commentaires:

  1. Oui, ça ne sont que des blogs !

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  2. Bonjour Suzanne.

    C'est Victor qui m'intrigue... Outre le fait d'être chez vous, sans doute avez-vous une raison très valable pour avoir affiché son portrait, mais laquelle ?

    Cordialement.

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  3. Ah, Christophe, je savais bien qu'un être subtil, littéraire et cultivé me poserait cette question (la honte, les autres, la honte !)

    Christophe, c'est parce Nicolas dit "virons l'islamiste". Un viré, c'est un proscrit. Or, virer un proscrit en mai, c'est lui interdire de rester en France en mai. Victor Hugo a écrit un poème dont le titre est "chanson" (proscrit regarde les roses...) que je vous copiecolle derechef:

    Proscrit, regarde les roses ;
    Mai joyeux, de l'aube en pleurs
    Les reçoit toutes écloses ;
    Proscrit, regarde les fleurs.

    - Je pense
    Aux roses que je semai.
    Le mois de mai sans la France,
    Ce n'est pas le mois de mai.

    Proscrit, regarde les tombes ;
    Mai, qui rit aux cieux si beaux,
    Sous les baisers des colombes
    Fait palpiter les tombeaux.

    - Je pense
    Aux yeux chers que je fermai.
    Le mois de mai sans la France,
    Ce n'est pas le mois de mai.

    Proscrit, regarde les branches,
    Les branches où sont les nids ;
    Mai les remplit d'ailes blanches
    Et de soupirs infinis.

    - Je pense
    Aux nids charmants où j'aimai.
    Le mois de mai sans la France,
    Ce n'est pas le mois de mai.

    Je parle de clivage et de luttes dans mon billet. Ne vaudrait-il mieux pas la paix sur ce sujet? Et hop, voilà les colombes.
    Il ne manquait que la photo du père Hugo.

    Fastoche, non ?

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  4. Moi, vous savez, tant que c'est pas la photo de quelqu'un de transalpin...

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  5. Pourquoi la honte. On avait facilement deviné, nous !

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  6. Lire ou relire Matin Brun de Frank Pavlov, devrait être obligatoire. Cela appelle autant à de la rigueur morale, intellectuelle que rédactionnelle... même sur un blog !

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  7. Philippe Méoule: ce petit livre (une longue nouvelle, en fait) a sauvé les éditions du Chêne, c'est à peu près son seul bienfait. On en a commandé, payé, acheté des milliers à un euro, pour le faire lire de force aux collégiens. Cette nouvelle s'est transformée en propagande antiraciste, vu l'effet de masse. Non qu'elle soit mauvaise en soi, mal écrite, spécieuse ou autre, mais elle est simpliste et surtout, tous les collégiens de certains départements ont du la lire en même temps.

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  8. Donc, afficher une posture antireligieuse en france aujourd'hui est un marqueur idéologique de droite. Si on avait
    su ça il y a 100 ans. L'histoire est taquine.

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  9. Brindamour, ça dépend de la religion, aussi. La lutte pour ne pas se laisser mener le bout du nez par les religions est un cheval de bataille trop petit, un pauvre Rossinante, pour en supporter plus d'une, et c'est la vieille, bien affaiblie, qu'il est de bon ton de poursuivre .

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  10. Un écrivain qui s'appelle Pavlov, on aurait bien dû se douter que ça plairait aux "enseignants"...

    Et rien que ce titre... brrr !

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  11. Vous ne connaissez pas de blogue islamiste ? Cela existe pourtant et je n'ai pas besoin de chercher très loin pour en découvrir un : il s'agit d'un blogue salafiste tenu par un des habitants de ma ville.

    Un petit extrait pour rire (jaune) ?
    " Comme nous le constatons jour après jour l'islâm est visé de tous les cotés et en vérité parmi les opposants à l'islâm authentique il y a également la menace de l'intérieur, les innovateurs, ceux qui pervertissent le message de l'islâm dont notamment les tekfiris !"

    Quand je lis les billets de ce blogue, je les trouve consternants, mais comme je trouverais désastreux les propos de n'importe quel fanatique religieux comme un télévangéliste. C'est un préchi-précha qui reste très prudent et très général pour ne pas tomber sous le coup de la loi puisqu'il est hébergé en France (en plus par une filiale d'un grand groupe audiovisuel). Il n'y a jamais de commentaire et je me demande si c'est vraiment très lu ou suivi.

    Ce que je sais en tout cas, c'est que les trois ou quatre barbus de ma ville sont en dehors de l'association de la mosquée et que leur tentative de créer une librairie islamiste s'est soldée par un échec cuisant et un dépôt de bilan.

    Ce que j'observe aussi, c'est que les débats autour du voile ou de la polygamie ou de la viande halal ne sont pas abordés directement sur ce blogue, ils ne le sont en fait qu'en creux à travers une stigmatisation de l'impudeur, de l'impiété, etc. C'est une sorte de bulle avec un langage qui fonctionne en circuit fermé avec ses propres références. Assez fascinant comme exercice de décodage... On a l'impression d'arriver sur une autre planète et c'est très loin des thématiques que l'on peut trouver sur des forums musulmans et non islamistes.

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  12. @Suzanne j'admire le coup de Victor Hugo.
    Je trouve aussi que vous avez le sens du titre et de belles photos.
    Votre blog est diversifié et bien écrit.

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  13. Suzanne: cette nouvelle même courte et simpliste a le mérite d'interpeller la conscience. Dans ce monde superficiel du "tout pour ma gueule" , c'est mieux que rien.

    M. Goux a-t'il lu Matin Brun ?

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  14. Patrick: merci.

    Philippe: Toute la littérature jeunesse interpelle les consciences! L'écrasante majorité des romans pour adolescents, c'est "un ado pas comme un autre arrive en 4ème C, il est bizarre, il vole, tout le monde le déteste", et puis on apprend que son père est en prison injustement et que le fils veut payer l'avocat. Une mère meurt, les enfants ne veulent pas être séparés et c'est l'oncle homosexuel qui sera le plus gentil tuteur possible, les autres riches et bourgeois étant sans coeur. Lili a deux mamans, Toto a deux papas, mon papa est sans papiers et je vis dans l'angoisse, Mémé s'ennuie dans sa maison de retraite, allons la promener, etc, etc. Alors, Matin Brun, c'est bien, mais pas autant que le Journal d'Anne Frank, qui est un document, mais dont les enfants ont vu 17 adaptations et téléfilms avant d'en lire la première page. Elles n'ont pas besoin d'être éveillées, les consciences, elles n'ont même plus le droit de faire la sieste, elles sont gavées. Trouvez-moi un livre pour enfants qui ne soit pas un appel à la tolérance et au respect de la différence. La comtesse de Ségur était moins gnangnan avec la charité de madame de Fleurville et les bondieuseries partout que ne le sont les livres pour enfants d'aujourd'hui.
    Et à côté de ça, la violence des jeux vidéo, la loi du plus fort, de la force brutale!

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  15. Pauvre Sophie! Heureusement que le féminisme est passé par là, entre temps. Remarquez, on va peut-être revenir à ces temps là avec force voiles et bons sentiments. Mais avec l'ordi, le portable et les jeux vidéos pour faire moderne.

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Modération parfois, hélas, mais toujours provisoire, ouf.