lundi 21 janvier 2013

Politesse et savoir-vivre sur le Net

Il est bien des endroits où la pleine franchise
Deviendrait ridicule et serait peu permise
(Molière,  Philinte, le Misanthrope)


Il y a petite lurette, des blogueurs ont lancé une chouette idée qu'elle est belle: et si on faisait une charte pour se punir les uns les autres quand on n'est pas gentil avec nos potes et qu'on dit des gros mots ? Si on était éthiques, les gars ? Les gens qui viendraient sur nos blogs y aborderaient comme un navire s'amarre dans le port d'une  île hospitalière où coulent le lait et le miel. On ne dirait rien de méchant, on ne mépriserait personne. On ne se moquerait pas du pauvre d'esprit [et on n'aurait plus jamais mal au ventre].
Je ne sais pas où ça en est. Apparemment, le projet a capoté.  C'étaient des blogueurs qui n'étaient pas mûrs pour cet embarquement au long cours. Il y en a un qui a trahi les correspondances privées, ce qu' un autre lui a reproché, un autre qui volette de blog en blog pour traiter tout le monde de nazi, de kapo ou autres joyeusetés, un  qui  qui balance des injures racistes, bref.  La perfection n'est pas de ce bas monde, encore moins de ces bas blogs.
Il est de bon ton d'affirmer que l'on claviote  des nauséabonderies  qu'on n'oserait jamais dire en face. Qu'on n'a pas les mêmes limites, les mêmes freins sur le Net que dans la vraie vie, qu'on est différent selon qu'on s'engueule sur le net ou au bord d'un comptoir.
Je n'en crois rien. Ce n'est pas Internet qui crée le délateur, le sournois, le cynique, l'ordurier, le lâche, le graffiteur de vespasiennes.  Internet rend plus dingues les déjà dingues,  plus expansifs les connards ordinaires, exacerbe des comportements plus discrets hors du Net, Internet révèle le timide, certes oui, mais sans plus. 

La politesse, la prévenance, l'éthique (tac toc) fleurissent aussi dans les blogs, pour qui sait lire et choisir ses blogueurs.
Quand on apprend dans un blog que son auteur suit un lourd traitement médicamenteux pour stabiliser ses troubles psychotiques, on s'écrase. On passe son chemin. Si dans le vôtre ou dans un blog ami il faut répondre a une agression irrationnelle, on y répond en s'agrippant au réel comme à un radeau dans le flot du délire. On essaie de ne pas rajouter à la souffrance de l'agresseur, on parle gentiment. On a l'impression, à lire les échanges, que ceux qui essaient de calmer le furieux changent de ton de voix, n'évaluent plus le discours mais essaient juste de rassurer quelqu'un qui dérive. En général, ça ne fonctionne pas très bien, Internet est terrible pour les paranos et les hyper susceptibles puisque les paroles restent et que les conversations s'ajoutent sans fin   les unes aux autres.
Comme exemple de cette politesse implicite, prenons  l'exemple d'une blogueuse imaginaire.  Elle officie depuis des années, navigue d'un bord à l'autre du Cyberocéan, en changeant souvent de pseudonyme. En ce moment, elle s'appelle Mondiana.  Elle se croit investie d'une mission principale et essentielle, lutter contre l'obésité.  Elle a tout lu, elle a discuté avec tous les spécialistes, elle a fait des études en Amérique et occupé tous les laboratoires, et elle connaît tous les obèses du monde entier. Un jour, elle tombe sur le lard de blogueurs rigolards qui vantent la bonne chère, le gras, le sucré, les vieux vins délectables, les cochons fermiers et les poignées d'amour. Malheureusement, elle a sous-estimé l'adversaire, mais elle ne s'en rend pas compte.  Ils la raillent, ils se fichent de ce qu'elle écrit. Et comme elle surenchérit, ils lui consacrent moult paragraphes où le comique le dispute au féroce, ça n'a plus de fin. D'aucuns pensent que c'est méchant de se moquer en groupe d'une innocente. Elle écrit un livre, sous le nom de Sélèna Tambour,  dans lequel elle explique comment elle va sauver le monde. Ce livre, d'après les extraits généreusement offerts à la lecture, n'a pas bénéficié d'une correction qui le rendrait compréhensible. Que font alors ses méchants harceleurs qui s'émerveillent quotidiennement de ses déclarations mégalomaniaques et ridicules ?  Vont-ils l'interpeller sous son nom d'écrivain ?  Vont-ils laisser çà et là des critiques cruelles sur tous les sites marchands où l'on fait état de son œuvre ?  Pas du tout. Il se pourrait que Mondiana  s'appelle réellement Sélèna Tambour. Et si l'on se moque généreusement des pitreries de Mondiana, on n'a pas envie pour autant de graver ad vitam eternam dans les moteurs de recherche  le nom de Tambour, associé à toutes les conneries qu'on a pu échanger de part et d'autre avec et sur Mondiana.

Et c'est ainsi que le blogueur est grand. Enfin, pas trop misérable.

38 commentaires:

  1. C'est curieux, j'ai l'impression de la connaître, votre Dame Tambour…

    RépondreSupprimer
  2. Impossible, c'est un personnage imaginaire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Cette histoire est entièrement vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre".

      Selena parce qu'elle est con comme la lune ?

      (psst :çà et là)

      Supprimer
    2. Ne médisez pas des êtres sélènes... (et merci, corrigé !)

      Supprimer
  3. Ce n'est pas elle qui a le crabe, Tambour ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. c'est FIN. (mais kilécon, lui...)

      Supprimer
    2. Hé ho ! Je cherche une explication scientifique.

      Supprimer
  4. Tiens, vous êtes pigiste à "la montagne" maintenant ?
    Fidel

    RépondreSupprimer
  5. Fidel, je n'ai pas pu m'en empêcher. (Nous vivons une époque moderne).

    RépondreSupprimer
  6. Malgré toute l'estime que j'ai pour vous, Suzanne, permettez-moi de trouver que votre goût pour la fiction vous fait franchir les limites extrêmes de l'invraisemblable : votre Mondiana-Séléna ne saurait non seulement exister mais se concevoir !

    RépondreSupprimer
  7. Jacques, j'aime bien la littérature fantastique.

    RépondreSupprimer
  8. Je la connais Madame Tambour, elle est sortie Major de sa promotion.

    RépondreSupprimer
  9. Triste époque qui fait que 98% de la Toile dite littéraire ne vaut rien, avec des blogs où des bonnes femmes ne disent rien d'autre qu'un pathétique et ridicule j'aime ou j'aime pas, avec des bonhommes qui, tout en jurant le contraire, lorgnent vers lesdites bonnes femmes (histoire, on ne sait jamais, d'être repérés...) en y mettant les formes, mais disent la même chose ou presque, ce bref pet de ruminant en double détente, j'aime/j'aime pas !



    Faire un blog suppose t-il, comment dirais-je, un peu de dédain à l'égard des participants de blogs littéraires traditionnels? Ou, au delà de beaucoup de bêtises, c'est vrai, peut-il y avoir, de la part des commentateurs, de belles ouvertures et des découvertes sur des textes ou des auteurs?

    Ton blog, même avec ses exigences, peut malgré tout, sans sombrer dans le n'importe quoi, se faire une place dans un milieu bloggesque plus critique, que tu aurais tort de considérer dans son ensemble comme insuffisant, ou indigne, à qui on peut apporter, pourquoi ne le mériterait-il pas, une critique sociolittéraire de la qualité de la tienne.

    Je t'en prie, ontinue comme tu l'as fait jusqu'à présent, c'est-à-dire régulièrement, puisque la régularité, l'acharnement que l'on soupçonne sans doute à honorer cette goule insatiable qu'est ton blog, représentent l'unique secret de sa longévité, sans oublier, tout de même, le fait d'avoir quelque chose à écrire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tiens ! Le même commentaire a été fait chez Didier...

      Supprimer
  10. J'ai failli moi aussi faire un billet sur cette question. Je suis d'avis comme toi que ce n'est pas nécessairement une charte qui rendra les échanges plus courtois. Il me semble que le film "Ridicule" a tout dit à ce propos. C'est trop bon pour un Français de pouvoir ridiculiser son voisin. Il confond ça avec de l'esprit. Les Portugais, les Allemands, les Helvètes, ou les provinciaux... sont-ils plus amènes ? Je le crois. Pour les fréquenter au quotidien (demain je reçois dans ma classe des Afghans) je vérifie régulièrement que l'ironie, le dénigrement, est un sport bien françois...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Lucia : est-ce que ce n'est pas une question de degré ?

      "L'Ironie et la Pitié sont deux bonnes conseillères; l'une, en souriant, nous rend la vie aimable; l'autre, qui pleure, nous la rend sacrée. Anatole FRANCE."

      Supprimer
  11. C'est le Bronx cette histoire de Tambour.

    RépondreSupprimer
  12. J'ai regardé dans Wikipedia qui étaient les Tambour célèbres. Ça va, ils sont morts, sauf ce musicien Yann Tambour, qui "joue très bien de la kora, dans un style très déroutant et sensible, avec un important travail sur le sampling et les harmonies."

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un battant, ce tambour !

      Supprimer
    2. D'après ce que disait Tambour: "Moi, l'oignon..."

      Supprimer
    3. Fred Camino, zut, je n'ai pas compris. (c'est aussi une malformation de l'orteil, le tambour ?)

      Supprimer
    4. Oh, alors, en ce cas...
      (N'oubliez pas que vous êtes sur un blog de dame)<;

      Supprimer
    5. C'est un jeu de mot avec "Bourre moi l'oignon". El Camino est un personnage vulgaire, repoussant qui n'assume même pas ses grossièreté formulée devant une dame distinguée.

      Supprimer
    6. Je pense que je vais interdire ce blog aux hommes.

      Supprimer
    7. Dans un billet intitulé "politesse et savoir-vivre sur le Net", en plus.

      Supprimer
    8. Très bonne idée. Sauf à Gauche de Combat et Babelouest et Sarkofrance qui sont gentils.

      Supprimer
    9. Je ne sais pas s'ils sont assez gentils. Il est temps d'épurer radicalement le sexisme et son corollaire, la grossièreté griveleuse.

      Supprimer
    10. "épurer radicalement le sexisme et son corollaire, la grossièreté griveleuse"

      C'est vraiment n'importe quoi : épurer LE sexisme ? et grIveleux ?

      Supprimer
    11. Pour ma part, je suis contre la grivèlerie au comptoir mais j'aime bien être grossier sans avoir l'intention de payer.

      Supprimer
    12. Il faut que j'arrête le café dans le calva du matin. Le café, ça énerve et ça fait écrire n'importe comment.

      Supprimer
  13. Sais honteux de se moquez des noms de famille et sa en dis long sur ce qui font sa.

    RépondreSupprimer

Modération parfois, hélas, mais toujours provisoire, ouf.