mardi 9 septembre 2014

L'homme politique et sa maîtresse








   Eh bien moi je n'achèterai pas le livre de Valérie Trierweiler et ne le téléchargerai pas, parce que je l'ai déjà lu... Enfin, plus exactement, j'ai vu et entendu les meilleurs passages, et les  meilleurs passages étant issus des meilleures pages ,  je m'en tiendrai là. 
Je trouve amusantes les appréciations "c'est un livre bien écrit", "c'est un livre mal écrit"... C'est écrit comme toutes les biographies pipol, avec le style ad hoc. C'est écrit comme les mémoires d'un sportif, d'une miss France, d'une actrice, en français correct avec les expressions dans le vent, du larmoyant et de l'émotion par tonneaux pour respecter la charte du produit.
Ce type de livre se vend très bien. On se régale du récit la vie de nos rois et de nos vedettes, et  les médias font une formidable promotion qui ne coûte pas un centime à l'éditeur.  Marcella Iacub, avec le récit de ses amours Strauss-Kahniennes, avait déclenché les mêmes critiques et commentaires de médias bien vertueux pour l'occasion ; son livre était cependant d'un autre niveau.
Et si on assistait au début d'une mode ?  Il y a sans doute des hommes politiques qui éprouvent quelques craintes actuellement : pour peu que l'on offre pas mal de pognon à leurs conquêtes déchues, elles se mettront à table et une flottille de nègres renflouera  les épaves d'aventures embarrassantes pour l"homme public qui ne demandait pas ce type de notoriété.   S'il s'y mêle en prime quelque scandale politique, le succès financier du livre sera tel qu'il motivera de plus en plus de vocations d'écrivaines  ex-amantes .

Il faudrait, pour satisfaire ce qui nous reste de morale sexuelle, que l'ancienne maîtresse, la femme trompée, l'épouse abandonnée, soit généreuse, pudique, miséricordieuse et surtout bien digne. On loue la complaisance des épouses d'hommes de pouvoir cavaleurs à l'extrême, pour qui on affiche la plus grande sympathie, et pour le reste, que les maîtresses soient d'une heure ou d'une vie, on ne demande à elles que l'effacement et la discrétion. On conspue celle qui parle, la méchante, l'ingrate, on fustige l'éditeur et les vendeurs, on cite en exemple les libraires au cœur pur qui ne trempent pas dans ce style de compromission. C'est peine perdue, parce que la déontologie, l'intérêt du pays, les valeurs ceci et cela auxquelles on se réfère pour critiquer les vilaines bavardes exhibitionnistes ne pèseront pas lourd face à  l'appât du gain, qui n'a pas de préférence sexuelle. La fautive se coltinera des masses d'antipathie, des flopées de  condamnations et d'insultes vieilles comme la nuit des temps. Oui mais les scandales passent, et les belles propriétés demeurent. La femme trompée pourra baptiser  la villa de ses rêves du prénom de son ancien amant et y couler une retraite heureuse, loin des affaires et du pouvoir.

***

L'illustration est la copie d'un tableau de Catherine de Rosa, La femme et le cochon, publié sur ce blog

27 commentaires:

  1. Blogueur de Gouvernement9 septembre 2014 à 12:27

    Un homme qui s'est épris d'une telle femme (midinette tardive) au point de la déclarer "femme de sa vie" m'inspire la plus grande prudence...Trierweiller est tellement pathétique tout au long de ces pages de moi-moiisme qu'on ne comprend pas comment un homme normal a pu rester 9 ans près d'elle. Peut-être est-elle experte en fessées dont François semble si friand...

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    1. Bah, on connait tous des couples un peu étranges, au moins en apparence.

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  2. Simone de Beauvoir9 septembre 2014 à 12:50

    Les femmes de pouvoir n'ont pas de conflit de cette nature avec leurs anciens amants.

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    1. Celles qui étaient connues pour avoir beaucoup d'amants (Cléopâtre, Catherine de Russie) avaient volontiers un comportement de mante religieuse. Nos femmes de pouvoir contemporaines sont peut-être juste plus discrètes et moins mufles que leurs homologues masculins, va savoir...

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  3. "C'est écrit comme toutes les biographies pipol, avec le style ad hoc. " Je ne sais pas, je ne lis pas de biographies pipol. C'est lisible facilement mais on dirait de l'écrire d'adolescente.

    Pour le reste, je ne sais pas si c'est l'appât du gain qui l'a fait agir...

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    1. de l' "écrire d'adolescente" ? Mais vous écrivez déjà avec le nouveau niphone, vous ?
      Sinon, c'est exactement ça, l'écriture pipole, de l'écrire pour adolescente. Il n'y a qu'à voir le romantisme facebookien des adolescentes, c'est tout à fait ça.

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    2. Non, pas d'iPhone...

      Sinon, je voulais souligner une espèce de paradoxe : c'est mal écrit mais ça se lit bien. Je me doute que c'est l'effet recherché (et que c'est un métier) mais c'est bizarre pour une critique littéraire (d'autant que ce n'est pas le style qui fait la vente de CE livre, elle a tout à perdre pour ça aussi).

      Des libraires ont refusé de vendre ce livre. On n'en pense ce qu'on veut (ça fait polémique chez les réacs) mais, en tant que libraire, si on peut considérer qu'ils n'ont pas le droit de refuser de vendre un livre à tel ou tel sujet, en revanche, on peut penser qu'ils ont droit de ne pas recommander un truc mal écrit.

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    3. Je ne crois pas qu'on puisse dire que c'est mal écrit (sinon, ça ne se lirait pas bien). La réalité, par les extraits que j'ai pu voir, c'est que ce n'est pas écrit du tout. Et, donc, c'est normal que "ça se lise bien".

      (Je ne suis pas sûr de me faire bien comprendre, là…)

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    4. Oui, si ça se lit facilement, c'est qu'on ne se rend pas compte que ça a été écrit. Comme un article de journal régional dont on ne dit pas "c'est bien écrit". ça doit être écrit ainsi, c'est tout. Et c'est tout un travail d'écriture qu'arriver à cela. C'est d'ailleurs très drôle, sur les blogs, quand un blogueur qui se pique d'écriture lance une méchanceté sur le style Harlequin (qu'il écrit généralement Arlequin) en contrefaisant avec des tas d'adjectifs langoureux un style (si on peut parler de style, mais bon) qui n'a rien à voir. Ecrire lisiblement ce qu'on veut dire avec des mots de tous les jours, c'est difficile. Ecrire dans le style pipol, c'est une musique avec ses accords, ses silences et ses petits effets.
      Quelqu'un qui a vingt ans de boutique, comme elle, y arrive très bien.

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    5. J'avais travaillé ou discuté avec plusieurs journalistes de la presse locale ou régionale. C'est vrai que c'est impressionnant de voir comment ils bossent et le résultat ! Je me rappelle d'une journaliste qui fait avait un papier sur moi (dans le Parisien 94). Je lui avais tout expliqué, le fonctionnement des blogs et tout ça, et elle avait fait un papier parfaitement clair avec ce que les gens pouvaient comprendre.

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  4. Il m'est venu immédiatement à l'esprit la compagne de Moscovici (25 ans et lui 57, chauve et bedonnant, en gros tout pour plaire, comme FH). Attendons son bouquin de souvenirs.

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    1. Ha ha ha ! Ce n'est pas le seul... En tout cas, certains vont se méfier avant de répudier brutalement leur petite amie .

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  5. "je ne sais pas si c'est l'appât du gain qui l'a fait agir..."
    Revanche personnelle et appât du gain... Elle savait bien qu'elle ne susciterait pas beaucoup d'empathie. Le fric, c'est de la puissance aussi.

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  6. Tant que les hommes politiques (ou les acteurs célèbres, ou les pousseurs de chansonnette internationaux, etc.) n'auront pas la sagesse de se cantonner aux call-girls quatre étoiles, ils ne faudra pas qu'ils s'étonnent de devoir payer au prix fort le service après-vente.

    Dans certaines professions, la femme honnête est un luxe qu'on ne peut pas se permettre.

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    1. Il faut imaginer ce commentaire dit par Robert Dalban (le maître d'hôtel des Tontons Flingueurs)
      Quelqu'un lui répondrait: "Faut pas s'imaginer des choses, les call-girls quatre étoiles, ce n'est plus ce que ça a été. Moi j'en connaissais une qui..."

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    2. Du côté de Saigon, bien sûr...

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  7. Tiens ! Les premiers chiffres de vente viennent de tomber. Déjà 145000 !

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    1. Oui... et la publication de ce livre a été annoncée avec beaucoup de désinvolture (pour ne pas dire pire!) par les présentateurs de journaux télé: personne ne lirait ce torchon.
      C'est toujours la même chose: les gens ne pensent pas à ça, ne s'occupent pas de ça, ont d'autres problèmes, s'en fichent de ces histoires... On t'assure que le peuple, en fait, ne s'intéresse qu'au chômage, au crédit de son pavillon, à sa retraite et à la santé de son petit chien. C'est curieux ce besoin très fort de ne pas regarder le peuple tel qu'il est, tel qu'il vote, tel qu'il vit.

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    2. 145 000 selon qui ? Si c'est un nombre donné par l'éditeur, ça ne vaut rien : ces gens disent absolument ce qu'ils veulent, minorent ou majorent selon ce qu'ils pensent être leur intérêt du moment, et tout cela est à peu près invérifiable.

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  8. C'est un livre de remerciement. Dans les significations autour de "merci" (implorer la merci, être à la merci, avoir à merci ..) je retiens "partir sans merci", et une question : pourquoi partir sans merci quand on a été remerciée ?
    La plus grande vacherie n'égalera pas la muflerie d'un puissant qui répudie sa compagne en utilisant son audience mondiale pour la neutraliser.
    Match nul, si c'est un match.
    Quant à ceux qui achètent le livre, je ne comprends pas qu'on les rabaisse et qu'on les discrédite : des millions de français tirent leur compréhension du monde de productions (textes ou images) qui paraissent faciles à certains. Mais le savoir n'est pas une qualité, c'est une progression, et tous les niveaux sont respectables.
    Pourquoi les mépriser, les traiter de tous les noms, et ne leur prêter que de mauvaises raisons ? Cela revient à leur dénier la liberté dont nous disposons, nous qui achetons ce que nous voulons pour les raisons que nous voulons ?
    Quant le peuple veut accéder à une meilleure connaissance de ses maîtres, on dit que c'est du voyeurisme. Quand nous nous sommes dans la même démarche on appelle cela la pulsion épistémologique. Mais il s'agit de la même chose : dominer son sujet, chacun à sa manière.


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    1. Geneviève, je ne sais pas si la lecture du livre de Valérie T. relève de la pulsion épistémologique... ou alors toute curiosité est pulsion épistémologique.

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  9. En tout cas, je n'ai pour ma part toujours pas compris en quoi le fameux « sans dents » prêté à François Hollande serait un trait d'esprit, voire, comme l'ont dit parfois des journalistes un peu crétins, un jeu de mots... Je suis peut-être bouché à l'émeri, mais je ne vois là-dedans rien de drôle et encore moins ne serait-ce que l'ombre d'un calembour, fut-il des plus vaseux.

    Quant au bouquin, dont je sais à peine ce qu'il contient mis à part la fameuse phrase sur la famille Massonnaud qu'est pas jojo et, donc, les sans dents, je n'en pense rien, sinon que je suis comme beaucoup de gens surpris que tant de personnes, apparemment, l'achètent. J'avais plutôt l'impression jusque-là que François Hollande le normal, le flasque, l'insignifiant, suscitait l'indifférence des « gens-qui-n'entrent-jamais-dans-une-librairie-et-qui-en-franchissent-la-porte-grâce-à-ce-livre » (touchant argument entendu plusieurs fois de la part de libraires qui ajoutent parfois que les quasi-demeurés en question, en pénétrant dans le sanctuaire, sont même parfois touchés par la grâce et repartent avec le livre d'Emmanuel Carrère sous le bras).

    Le plus curieux reste quand même la transformation de Valérie Trierweiler de mégère en sainte par celles et ceux qui pouffaient dans leur foulard Hermès ou s'esclaffaient comme des gorets en entendant un sinistre connard de la droite la plus démagogue dont je suis content d'avoir oublié le nom la traiter de rottweiler, et qui en font désormais un symbole des femmes bafouées.

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    1. D'autres ont parlé de petite blague mal interprétée.

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  10. Chieuvrou, c'est un dicton de Gabriel Meurier (1568) : un homme sans argent est un loup sans dents.
    Rien ne prouve que Hollande ait dit cela, rien ne prouve qu'il faisait référence cette citation... mais c'est peut-être tout simplement un malentendu, comme celui de Chevénement qui avait qualifié de sauvageons des jeunes de banlieue (il prenait "sauvageon" dans le sens de " nouvelle pousse sous le point de greffe", pour un arbre, donc il parlait de jeunes pour qui la greffe de l' intégration n'avait pas pris, et non pas de sauvages cannibales.)

    Je ne suis pas surprise que tant de gens l'achètent, ce livre! Allez voir au rayon Presse tous les magazines sur la vie des vedettes, regardez les manchettes de la presse pipol... La vie cachée des puissants, les histoires d'alcôve des dirigeants, c'est fascinant depuis toujours.
    Le coup des gens touchés par la grâce dans la librairie, oh, Dieu, avant j'étais [aveugle] non-lecteur et maintenant, grâce à toi, Valérie je lis ! ... bah, billevesées... Chaque gros succès de librairie est honteux, du moins pousse les libraires, éditeurs, à se justifier. Grâce à Harry Potter, les enfants lisent ! Grâce à Catherine Millet, les gens s'intéressent à la littérature érotique savante du XVlllè siècle ! Grâce à Edouard Louis, on ne stigmatisera plus les petits Eddy Bellegueule dans les collèges populaires !
    L'effet de surprise a été ménagé, et il y a eu ruée parce que tout le monde voulait savoir comment un Président rote et déboutonne son pantalon quand il a trop mangé, comme il lutine sa compagne, et quels ministres faisaient quoi avec qui. Hélas, ce livre n'est pas assez pornographique. La faute sans doute à ces stupides lois qui empêchent de s'épancher sur la vie privée d'autrui. La prochaine bafouée devra essayer de relever le niveau. Je suggère un bandeau: "Toute la lumière dans les culottes de l'Elysée, elle raconte tout tout tout ! "

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  11. Sur la dimension "bien écrit", "mal écrit", un com intéressant de Clément Picou sur le blog de Sophie Gourion:

    "J'en suis à peu près à la moitié et j'ai le même sentiment que toi. Rien de bien croustillant, pas super bien écrit. Les flashbacks dans les flashbacks dans les flashbacks ne rendent pas la lecture très facile."

    http://www.toutalego.com/2014/09/jai-lu-merci-pour-moment.html#comment-form

    Bien ou mal écrire ne recouvre pas que des questions de styles, mais aussi de construction générale de l'ouvrage, ce qui peut échapper à un lecteur qui ne lirait que des extraits.

    A part ça, on peut être frappé par le fait que les gens raisonnables qui ont lu le livre restent... raisonnables. Ce livre laisse tiède, il ne réveille l'ardeur d'aucune passion, il ne déclenche aucune de ces folies passagères qu'on aime éprouver quand on dévore une publication réputée scandaleuse.

    On peut refiler le bouquin à un cardiaque, il risque seulement de mourir d'ennui, semble t-il. C'est donc un livre qui peut idéalement figurer dans la bibliothèque d'une maison de retraite.

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    1. "C'est donc un livre qui peut idéalement figurer dans la bibliothèque d'une maison de retraite."
      ...et là, j'entends déjà pépé Alfred hurler, accroché au porte-manteau: "noooooon, pas l'asile, vous m'foutrez pas à l'asile !".
      Merci pour les vieux, hein !

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  12. De rien.

    C'est par générosité que je les gâte avant d'en être un.

    Si.

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Modération parfois, hélas, mais toujours provisoire, ouf.