lundi 16 janvier 2012

Ma vieillesse au soleil exotique

Hier soir, j'ai regardé, dans Zone Interdite, le reportage sur des Français de la classe moyenne qui sont partis à Madagascar pour y refaire leur vie.  J'ai suivi distraitement le début, puis je me suis intéressée à une Claudine sexagénaire, veuve ou divorcée, je ne sais plus, qui, après avoir navigué d'un petit boulot à l'autre sans grande satisfaction avait décidé de consacrer son petit pécule à la construction d'une maison là-bas. Je suis jeune parce que je me vois comme une jeune, parce que j'ai des projets, disait-elle, alors qu'en France, on me trouve trop vieille pour travailler.
On sait, en général, que dans ce type de reportage, on présente trois ou quatre personnes ou couples, et que les résultats sont mitigés: les plus sympathiques réussissent au moins en partie leur projet, les autres c'est selon. Elle n'était pas antipathique, cette Claudine, elle avait du essuyer des déconvenues, souffrir de séparations ou d'abandons peut-être, mais elle réagissait d'une façon vivante, avec une façon d'envisager l'avenir positive, à la fois rêveuse, pratique et réaliste. Je lui souhaitais la réussite, alors que les autres, bof bof.
Donc, je vois sur mon écran Claudine qui vit à Madagascar. Elle y travaille, même, à Madagascar, on la suit dans un hangar où sont entreposés des sacs de ciment, elle est derrière son petit bureau, dans la poussière. Une femme courageuse. De la vie à Madagascar, on ne saura pas grand-chose. Les meubles et les matériaux de construction des blancs arrivent par bateau. Les noirs les portent, sur leur tête, sur leurs épaules. Les blancs râlent parce que tout arrive en retard et vérifient que la commande est complète et en bon état. Les noirs ressemblent à une colonne de fourmis trimballant de lourds, lourds fardeaux. Beaux paysages et nombreux enfants pauvres avec plein de dents blanches.
Claudine a un grand chien qui fait peur aux gens du coin. J'ai failli écrire "natifs", ou "primitifs", c'est dire si je suis dans l'ambiance. Claudine cherche un terrain pour construire sa maison. Elle déniche un endroit superbe, elle veut avoir cette vue de son salon ou de sa chambre. C'est beau, Madagascar, ça a quelque chose du paradis terrestre.  Là, je loupe un tout petit bout du reportage, puis je reviens. En rentrant chez elle, dans sa maison (celle qu'elle a construite ou une autre qu'elle occupe en attendant, je ne sais pas), il y a un corps étendu par terre. C'est le gardien, et il est mort. Claudine raconte qu'elle est allée chez les voisins sans toucher à rien. Comme elle a bien fait, assurent les policiers... Les criminels étaient certainement encore dans les lieux et, ça ne fait pas un pli, l'auraient éliminée automatiquement si elle avait traversé le salon.  Le gardien était donc mort, attaché par terre, malgré la maison fermée, cadenassée, malgré la présence des chiens. La belle histoire se mettait à grincer. Un gardien, mais pourquoi un gardien dans une maison de particulier ? On n'avait rien dit avant, dans le reportage, sur le risque qu'on prenait à habiter là-bas. On ne parlera pas du gardien, il n'a pas de nom, il a moins d'importance que les commandes qui arrivent en retard, il n'a pas d'importance du tout. Un gardien noir tué, tu parles d'une affaire. Le début de l'émission ne préparait pas du tout à cela, on nageait dans le show du bonheur, et...  Cette absence de réaction et de commentaire, même convenu, même hypocrite, me fait basculer de téléspectatrice regardant distraitement un reportage banal un dimanche soir à téléspectatrice plongée dans un film d'horreur aux effets savamment dosés. On nous balance le paradis et la jolie vie facile sous les cocotiers, on nous berce et puis paf!  J'imaginais la suit en pire, style le jour d'après la Claudine retrouvée zigouillée, cou cisaillé par la chaîne en or arrachée. J'attendais qu'un intervenant, n'importe qui, nous explique  que notre RSA équivaut à vingt fois leur salaire minimum, que ces étrangers étalant naïvement leurs richesses sont  une trop grande tentation, que la protection d'un gardien ne vaut que dalle dans un pays aussi pauvre, qu'il est illusoire d'attendre quoi que ce soit des autorités locales, que ce que nous appelons violence est quand même un cran dessous   la violence ordinaire de cette partie du monde, mais rien. Ou alors je me suis endormie, je ne voudrais pas médire.
Alors, après, bien sûr, Claudine ne voulait plus habiter à Madagascar. Elle s'est rappelé qu'elle avait de bons amis au Maroc, et qu'on pouvait y vivre confortablement pour pas grand chose.

29 commentaires:

  1. C’est con ce que le réel peut faire pour emmerder la vie des gens. Abolissons le réel !

    Heureusement que le reportage ne s’est pas appesanti sur cette bête histoire de gardien resté translucide quoique bronzé. Les retards de livraison, ça c’est important ; regrettable, certes, pour "l’image" du pays et on pourrait suspecter le réalisateur de sous-entendus discriminatoires…
    Mais c’est peut-être parce que l’île manque de mosquées et il se rattrape bien avec une finale sur "l’envie de Maroc" Là, c’est forcément bien…

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  2. Elle a pensé à la Birmanie, Claudine ?

    C'est beau, la Birmanie. Et puis, il paraît que ça se libéralise vachement.

    Et sinon, on vous trouve, sur Twitter, Suzanne ?

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  3. Coralie: pauvre Claudine, elle ne mérite pas la Birmanie, tout de même.
    Pour Twitter: non, je résiste.

    Plouc: je n'ai senti aucune volonté de faire du pied à la culture hôte dans ce reportage, et le choix du Maroc arrivait un peu par hasard, c'est mon impression. On n'évoquait même pas, pour faire bonne mesure, les richesses que le Français était censé apporter par sa présence, non. On s'occupait juste de la personne sujet du reportage et de ses désirs de se déboucher l'avenir, de changer de classe sociale, mais d'une façon complètement égoïste, consumériste, opportuniste, hors sol. Les gens autour sont considérés comme des fournitures, des éléments du décor.

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  4. Mais on attend quoi, au juste, pour recoloniser Madagascar ?

    Du reste, on pourrait commencer par nommer de nouveau la capitale Tananarive, comme on l'a toujours fait, et oublier ce grotesque Antananarivo, qui m'énerve presque autant que Beijing pour Pékin.

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  5. Didier: Mayotte ne suffit pas à votre bonheur ?
    Le Guide du Routard dit que Madagascar est une destination assez sûre si on ne voyage pas tout seul, si on ne sort pas la nuit, si on évite d'être isolé sur de petites route.

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  6. Le Maroc ? Pas tout à fait sûr non plus. Un ami de mon ex-femme qui y possède une maison s'y est fait assassiner l'an dernier...

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  7. Sans parler de ce type qui possède un riad à Marrakech et qui s'est fait jeter comme un malpropre dans un cul-de-basse-fosse en mai dernier (d'accord, à New York, mais il n'empêche, ça fait peur quand même).

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  8. Jacques,

    Oui, enfin, c'est pas parce que vous connaissez quelqu'un qui s'est fait assassiner que... Parce qu'avec le même genre de raisonnement, on pourrait facilement prétendre que l'Yonne est un repaire de tueurs en série et de pervers en tous genres.

    Pas le Maroc, non plus donc... Alors la Corse peut-être... Non plus ?

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  9. Moi, ce que je trouve débile chez les gens, c'est ce besoin de soleil. Il leur faut du soleil... Moi qui rêve d'une maison qui donne sur le Golfe du Morbihan... Ou d'une villa sur les petites falaises de Dinard.

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  10. Alors, là, entièrement d'accord avec Dorham ! Font chier, avec leur soleil…

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  11. Dorham, ce n'est pas QUE pour le soleil, c'est aussi une question d'argent.
    Dans le reportage, il était question de Français de la classe moyenne, mais cette dame Claudine avait l'air d'avoir de tout petits moyens.
    Il y a des Français qui se débrouillent pour se faire envoyer leurs assedic en Thaïlande où ils passent l'hiver, et un nombre non négligeable de modestes retraités qui font le calcul, et le calcul est vite fait entre le chauffage d'une petite maison sur les falaises de Dinard et le coût d'un hiver en Thaïlande, hébergement et nourriture compris.
    Les retraités qui ne roulent pas sur l'or et vont s'installer au Maroc ont là-bas un train de vie qu'ils n'auraient pas en France, etc.
    Jacques: Pour le Maroc, je ne sais pas s'il y a davantage d'assassinats de personnes âgées isolées qu'en France. (il y a sans doute moins de personnes âgées isolées, déjà...)
    Une petite page de pub ?
    Et puis, pas de piéride du chou au Maroc.

    Chieuvrou: l'habileté et le savoir-faire des forgerons marocains sont réputés dans le monde entier. La justice devrait penser à eux pour innover en matière de bracelets de sécurité économiques et efficaces.

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  12. Suzanne,

    J'avais bien compris, mais plutôt que de parler de thune, les gens parlent souvent de soleil. C'est moins tabou... Comme si c'était la panacée que de cuire comme une côte de porc sur un grill, ce qui est un comble du reste pour qui veut habiter au Maroc.

    Rien à voir, mais il y a peu, j'ai eu une discussion avec mon beau-frère qui a fait trois fois le tour du monde ou quelque chose comme ça. Quand je lui ai parlé du Cap Ferret, il m'a dit n'y être jamais allé. Je lui ai dit qu'il avait tort, que c'était très beau même si on s'y faisait quand même un peu chier comme un rat...

    Et il m'a dit, tout benoitement, "c'est vrai qu'en France aussi, y a des chouettes coins"... Je l'aime bien mon beau-frère mais à cet instant là, je me suis demandé si il prenait de la drogue... Ou si les vapeurs de kérozène de tous les avions qu'il prenait ne lui avaient pas dézingué les neurones...

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  13. Dorham
    Vous me l'offrez sur un plateau: ♪♪♪

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  14. Ah,
    merci Suzanne.
    Vous me donnez l'occasion de dire que nous avons sans doute là la chanson la plus con de l'univers... Pour les mêmes raisons... C'est un mec pourtant relativement intelligent, Aznavour, je ne comprends pas qu'il ait pu chanter un truc pareil...

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  15. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  16. Je précise que personne n'est actuellement malade dans ma famille.

    Qu'évidemment, il n'est pas bon pour la santé d'attraper une gonorrhée et que tous les lecteurs de Suzanne doivent prendre toutes les précautions pour se protéger.

    Bon, ben c'est pas tout ça mais je dois retourner dans mon blog faire du bois. Comment dit-on "au revoir" à Antananarivo ?

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  17. ♪Et l'on s'en fout d'attraper la vérole
    Et l'on s'en fout, pourvu qu'on tire un coup,
    Avec du poil, sur les roses.♫

    (Normalement vérole et gonorrhée sont deux entités différentes mais la licence poétique autorise toutes les confusions)

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  18. Mtislav: on avait dit pas la famille (mais gardez-le, votre beau-frère!)

    "Quand je vois le lien de Suzanne - sur le site Pensée Libre (le type qui part en Thaïlande pour tenir jusqu'au versement de sa retraite), Le Pen est en lien. Et tu as beau avoir un beau chauffage, c'est sûr que ça fait tomber la température."

    Oh la la... déjà qu'on va se mettre mal avec un gonorrhéique marchand de pâte à papier de Tananarive,(s'il est aussi bipolaire, on est foutu) je ne voudrais pas aussi offenser Pensée Libre, qui écrit des tas de choses à la gloire de Mélenchon, et que vous liez comme ça, sans plus de façon, à Le Pen. C'est bizarre.

    Malavita: ces précisions s'imposaient. Ceux qui attrapé les deux à Madagascar, histoire d'ajouter à leur paludisme quelque chose de moins classe que la peste (qui sévit là-bas de manière endémique, parait-il) mais de plus grivois que la filariose ou le choléra, n'ont vraiment pas de chance.
    (je sens que le consulat malgache va porter plainte, je le sens...)

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  19. (Et ne parlons pas des derniers chouans encore de ce monde, qui ne vont sans doute guère apprécier d'avoir été confondus avec des Vendéens.)

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  20. J'ai pourtant écrit : "C'est un mec pourtant relativement intelligent, Aznavour". C'était uniquement pour ne pas froisser ses adorateurs, parce qu'en fait, je pense très exactement qu'Aznavour est un gros con et qu'il ne chante que de la merde en branches.

    Désolé. Je sens déjà les portes du pénitencier se refermer sur mon existence inutile...

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  21. Chieuvrou: c'est ainsi qu'on exacerbe les communautarismes, vous avez bien raison.

    Dorham: lachansonfrançaisophobie ne passera pas par mon blog. Votre prochain assaut sera impitoyablement censuré (à moins que je ne sonorise l'accès aux commentaires avec du Serge Lama et du Sardou, je vais y réfléchir).
    Je connais un jeune chauffeur de car qui a changé de profession après avoir convoyé des milliers de voyageurs qui connaissaient par cœur le répertoire d'Adamo et d'Aznavour.. Et ceux qui ne le connaissaient pas au début du voyage le connaissaient très bien au bout de trente répétitions. Et pas que ceux qui pélerinaient de Rennes à Lourdes ou de Nantes à Lisieux, mais aussi ceux qui allaient au parc Astérix, à EuroDisney ou au Futuroscope, ou à Venise-forfait-trois-jours toutes générations confondues.
    D'ailleurs, moi-même.... (mais laisse mes mains sur tes han-hancheu, ne fais pas ces yeux fuuuribonds...).

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  22. Moi, Adamo (et surtout Mes mains sur tes hanches), ça me ramène à la fête foraine de Sedan, autour des années 1965. J'aime bien.

    Quant à Aznavour, je ne prendrai même pas la peine de répondre à Dorham, je vais plutôt me contenter de lui enrouler le sax de Coltrane autour du cou jusqu'à ce qu'il en crève.

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  23. Sardou... Si les ricains n'étaient pas là, on serait tous en Germanie... Un grand auteur ce type là !

    Quant à Didier, je ne prendrai même pas la peine de lui répondre, je veux bien qu'on m'étrangle avec le sax de Coltrane tant qu'il résonne des notes de Lonnie's Lament.

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  24. quelque chose de plus grivois que la filariose (Suzanne)

    J'avoue ma surprise : l'éléphantiasis des couilles ne serait pas assez grivois à vos yeux ?

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  25. Malavita: j'ai regardé dans Google images. Pouacr. Pire qu'un foie de breton.

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  26. Si vous désirez entendre de la chanson grivoise voir trivial:

    http://www.chansons-paillardes.net/chansons_paillardes/Disques_mp3/Internes_des_hopitaux/Nancy/Mp3-Nancy-1964/FemmeVidangeur.html

    Avec plus de paroles.

    http://www.remede.org/documents/article624.html

    Maintenant, je sors!

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  27. Merci beaucoup grandpas ! (justement, je classais des chansons en vue de l'anniversaire d'une fillette de neuf ans...)

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  28. Suzanne,

    Le plus drôle,j' ai appris chanson paillarde lors d'un voyage aux Etats-Unis et mon mentor était un américain ayant vécu en France durant plusieurs années.

    Il m'en chanta d'autres mais celles ci me marquèrent moins.

    Serviteur.

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Modération parfois, hélas, mais toujours provisoire, ouf.