vendredi 3 octobre 2014

Notre soeur l'araignée




Le jour de la saint François d'Assise, patron des animaux, la SPA ouvre ses portes. Quand j'étais enfant et que j'allais au catéchisme, saint François était mon saint préféré. Ma "dame catéchiste", comme on les appelait à l'époque,  était italienne, et la vie n'avait pas été tendre avec elle: son maçon de mari avait glissé d'un échafaudage et rendu l'âme sur le coup; leurs  trois bébés successifs n'avaient  survécu  que quelques heures avant de succomber à un mal indéfini. Seule, veuve à trente ans, sans problème d'argent grâce à la prime et à la pension du défunt, elle commença à parler avec les oiseaux. Elle offrait du pain aux moineaux en chantant le Cantique des Créatures, elle conversait avec la chouette qui nichait dans son grenier.  J'allais chez elle un soir par semaine après la classe, avec une dizaine de garnements et  drôlesses de l'école publique. Nous dévorions des biscuits avec du chocolat et de la confiture, et la grenadine coulait à  flots. Ceux des écoles catholiques avaient le catéchisme dans leur chapelle à eux, les pauvres, et je doute qu'on leur ait appris à transporter délicatement une araignée sans lui abimer les pattes, du coin du buffet de cuisine à l'appentis derrière. Ne m'en veux pas, notre sœur l'araignée, lui disions-nous, mais tu seras plus à ton aise là où ta toile ne sera pas détruite par le balai, et les mouches seront aussi dodues, tu verras. 
Un jour, adulte, je suis allée à Assise. C'était en été, la chaleur était étouffante, et dans la basilique on étouffait aussi. J'ai reconnu, dans les fresques de Giotto, les images que ma dame catéchiste nous donnait pour marquer les pages de notre livre de prières, les affichettes et les calendriers couvrant les murs de sa cuisine. Les fresques de Giotto avaient des centaines d'années, je le savais bien, mais en les scrutant je cherchais et reconnaissais leur original, leur matrice, qui demeurait à jamais chez une Italienne un peu folle, et dans un petit coin heureux de mon enfance.

21 commentaires:

  1. Une bien jolie histoire encore une fois

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  2. Quand je disais à l'infâme N J que vous étiez une sainte...

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    1. Je n'ose même pas imaginer ce qu'il a pu vous répondre.

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    2. "Va chier connard", je suppose.

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  3. Vous parliez un français très élaboré dans ce coin heureux de votre enfance. Il vous en est resté un accent un peu convenu (les mouches dodues, les flots de grenadine...) mais c'est ainsi que certains écrivaient au début du vingtième siècle. Salutations

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    1. Ben alors, Mireille, on se montre infidèle ?
      On meurt d'envie de découvrir la moderne élégance de votre style !

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    2. Excusez-moi, Suzanne, mais la prétentieuse morgue de ce triste con m'agace parfois...

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    3. Mais il y a tant de Léons ! J'ai renoncé. Tant pis.

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    4. Jacques-Etienne. Le style, c'est dire de moins en moins mais de mieux en mieux jusqu'à l'ultime "Maman !". Vous êtes bien bavard pour un homme de votre âge... et en plus vous fumez !
      Pardonnez-moi, Madame.

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    5. Sauf votre respect, vous n'êtes qu'une triste et impardonnable andouille, M. Léon. Et si dénué d'intérêt, prévisible et identifiable que quelque soit votre pseudo vous serez systématiquement viré de chez moi.

      Essayez de faire quelque chose de votre vie : du macramé, de la pâte à modeler, que sais-je encore ? Il y a tant de belles activités qui n'outrepassent pas vos talents ! Mais de grâce cessez d'abreuver les blogs de votre inutile présence !

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    6. Madame, vous aviez raison de tiquer pour "acquièrât". C'est effectivement une forme très rare qui n'est plus guère pratiquée. Je vous quitte à regrets mais il est l'heure pour moi d'acquisitionner les rudiments du macramé. Salutations vespérales.

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  4. Comme c'est charmant. Moi je ne la trouve pas folle, votre Italienne, je parle aussi aux animaux, les moutons, les vaches, les chats, les chiens que je croise. Et à l'oiseau blessé. À moins que je ne sois folle aussi…

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    1. Oui, mais vous, vous vivez avec un homme qui met avec vous des parapluies sur des nids de mésanges (ou de tourterelles, je ne sais plus). Alors forcément, vous ne vous rendez plus compte.... (moi aussi, je parle aux vaches... et elles me répondent, c'est très bavard, les vaches !)

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    2. LOL ! Oui, et elles ont de si beaux yeux.

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  5. Je parle surtout aux vieilles vaches mais dans les blogs. Ceci est mon quart d'heure désagréable. Votre billet est trop bien, mémère, pour que je trouve un commentaire intelligent à faire contrairement à Jacques Etienne qui parle de moi.

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  6. Laudato sie, mi’ Signore, cum tucte le tue creature, spetialmente messor lo frate sole, lo qual è iorno, et allumini noi per lui. Et ellu è bellu e radiante cum grande splendore, de te, Altissimo, porta significatione.
    En remerciement de votre urbanité envers les araignées et de ce très beau billet, quelques mots, horreur et damnation ! du XIII ème siècle. Que le soleil illumine votre journée.

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Modération parfois, hélas, mais toujours provisoire, ouf.